Le blues de la bête à concours.

maldoror6:

La pause se fait attendre.

Il n’est plus possible de se lever, de rédiger encore des pages et des pages et des pages d’écriture qui ne sont que du vent, message vide, dont le sens s’évade dans les interstices des mots. Déroulement inlassable du même raisonnement, d’autocollants “bonnes idées” qu’on applique sur la feuille. Et cette feuille si longuement tartinée ira rejoindre le tas épais des autres tartines, tartine qui ne sera lue que par un seul, et encore, qu’il ne finira sans doute pas.

Je les vois pendant six longues heures les idées dans les airs, elles flottent au-dessus des tables, elles mettront leur vie en jeu, elles prendront des risques, et elles finiront dans une poubelle.

Il parait que je n’ai pas le droit d’être défaitiste, je le conçois ça casse un peu le moral de tout le monde. Mais il faut avouer que ça fait sacrément penseur d’enclos que de venir chaque jour s’enfermer dans une salle, faire deux trois fois ses besoins, manger pour se nourrir et gribouiller, gribouiller,  gribouiller, le dos vouté, la mine renfrognée, vingt pauvres pages en l’air. Et puis quoi ? Revenir le lendemain en ayant été avachi le reste de la journée, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire que d’attendre d’y retourner.

Parce que pendant ce temps-là la vie s’est arrêtée, et elle n’a plus vraiment de sens. Il n’y a rien qui y soit réussi, rien qui soit achevé, rien qu’une concentration sur plusieurs jours qu’on tient à bout de bras comme notre sac de 15kilos. Rien qu’une impatience un peu essoufflée qui demande grâce…

Et l’on croit que ça nous amuse de faire la gueule.


Le Point noir

"Quiconque a regardé le soleil fixement
Croit voir devant ses yeux voler obstinément
Autour de lui, dans l’air, une tache livide.

Ainsi, tout jeune encore et plus audacieux,
Sur la gloire un instant j’osai fixer les yeux :
Un point noir est resté dans mon regard avide.

Depuis, mêlée à tout comme un signe de deuil,
Partout, sur quelque endroit que s’arrête mon oeil,
Je la vois se poser aussi, la tache noire !

Quoi, toujours ? Entre moi sans cesse et le bonheur !
Oh ! c’est que l’aigle seul - malheur à nous, malheur !
Contemple impunément le Soleil et la Gloire.”

Nerval


Première soirée

”- Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malignement, tout près, tout près.

Assise sur ma grande chaise,
Mi-nue, elle joignait les mains.
Sur le plancher frissonnaient d’aise
Ses petits pieds si fins, si fins.

- Je regardai, couleur de cire,
Un petit rayon buissonnier
Papillonner dans son sourire
Et sur son sein, - mouche au rosier.

- Je baisai ses fines chevilles.
Elle eut un doux rire brutal
Qui s’égrenait en claires trilles,
Un joli rire de cristal.

Les petits pieds sous la chemise
Se sauvèrent : ” Veux-tu finir ! “
- La première audace permise,
Le rire feignait de punir !

- Pauvrets palpitants sous ma lèvre,
Je baisai doucement ses yeux :
- Elle jeta sa tête mièvre
En arrière : ” Oh ! c’est encor mieux !…

Monsieur, j’ai deux mots à te dire… “
- Je lui jetai le reste au sein
Dans un baiser, qui la fit rire
D’un bon rire qui voulait bien…

- Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malignement, tout près, tout près.”

Rimbaud


sandradulierauteur:

marinos22898:

sandradulierauteur:

Les muses aux paupières closes sondent le coeur de l’homme pour y respirer l’essence de la vie. Les muses, aveugles du fini, cachent sous leurs voiles l’éclair du monde. Les muses sont toujours belles de leur gravité : elles ont enfanté tant de livres perchés, plumes aux encres souvent vieillies. Les muses pleurent leurs enfants défunts, tous ces mots oubliés en poussières de papier. Alors elles murmurent la nuit en psalmodies lentes le retour des perles ensablées, s’insinuant dans le coeur et les rêves de l’auteur somnambule. Si tant d’écrivants sont insomnies, c’est que l’encre seule délie les silences du temps au vent de lune. Ne sois donc pas surpris, jeune poète, si ta muse parfois t’éveille. Elle se méfie comme toi des mémoires défaillantes… Des milliers de mots endormis à éveiller à nouveau est pour les muses un travail harassant. Les paupières closes sont aussi leur fatigue. Elles ont besoin de toi, jeune poète, en lettres de temps. Réssuscite les mots qu’elles puissent un jour se reposer. La folie des hommes guette toujours le monde sans Verbe, c’est aussi la gravité de leurs visages… Aime ta Muse et console-la par l’encre de ton coeur. Sandra Dulier - Les muses

Très beau texte Sandra 

Merci ! Bonne journée. 

sandradulierauteur:

marinos22898:

sandradulierauteur:

Les muses aux paupières closes sondent le coeur de l’homme pour y respirer l’essence de la vie. Les muses, aveugles du fini, cachent sous leurs voiles l’éclair du monde. Les muses sont toujours belles de leur gravité : elles ont enfanté tant de livres perchés, plumes aux encres souvent vieillies. Les muses pleurent leurs enfants défunts, tous ces mots oubliés en poussières de papier. Alors elles murmurent la nuit en psalmodies lentes le retour des perles ensablées, s’insinuant dans le coeur et les rêves de l’auteur somnambule. Si tant d’écrivants sont insomnies, c’est que l’encre seule délie les silences du temps au vent de lune. Ne sois donc pas surpris, jeune poète, si ta muse parfois t’éveille. Elle se méfie comme toi des mémoires défaillantes… Des milliers de mots endormis à éveiller à nouveau est pour les muses un travail harassant. Les paupières closes sont aussi leur fatigue. Elles ont besoin de toi, jeune poète, en lettres de temps. Réssuscite les mots qu’elles puissent un jour se reposer. La folie des hommes guette toujours le monde sans Verbe, c’est aussi la gravité de leurs visages… Aime ta Muse et console-la par l’encre de ton coeur. Sandra Dulier - Les muses

Très beau texte Sandra 

Merci ! Bonne journée. 


María Callas - Puccini, Vissi d’arte 

…Merci pour la suggestion!


L’Invitation au voyage

"Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
- Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.”

 

Baudelaire


Les rêves sont la littérature du sommeil. Même les plus étranges composent avec des souvenirs. Le meilleur d’un rêve s’évapore le matin. Il reste le sentiment d’un volume, le fantôme d’une péripétie, le souvenir d’un souvenir, l’ombre d’une ombre.
Jean Cocteau. (via angeheurtebise)

(via angeheurtebise)



Aime une fille qui lit

maldoror6:

« Aime une fille qui lit. Aime une fille qui dépense son argent dans les livres au lieu des habits, dont les placards débordent parce qu’elle a trop de livres. Aime une fille qui possède une liste de livres à lire et une carte de bibliothèque depuis l’âge de douze ans.
Trouve-toi une fille qui lit. Tu la reconnaîtras parce qu’elle a toujours un livre à lire dans son sac. Elle regarde avec admiration les livres rangés sur les étagères des librairies, s’extasie discrètement quand elle a trouvé le livre qu’elle cherchait. Tu vois cette fille bizarre qui respire les pages des vieux livres dans les librairies d’occasion ? C’est elle, la lectrice. Elle ne peut pas s’empêcher de respirer les pages des livres, surtout quand celles-ci sont jaunies et fatiguées.
C’est celle qui lit en passant le temps dans le café au coin de la rue. Si tu regardes sa tasse, tu remarqueras que le café a refroidi, parce qu’elle est déjà complètement absorbée par son livre. Perdue dans le monde imaginé par l’auteur. Assieds-toi.Peut-être te lancera-t-elle un regard, car la plupart des filles qui lisent n’aiment pas être dérangées. Demande-lui si elle aime son livre.
Propose-lui une nouvelle tasse de café.
Dis-lui ce que tu penses vraiment de Murakami. Demande-lui si elle a dépassé le premier chapitre de Fellowship. Comprends bien que si elle te dit qu’elle a compris Ulysses de James Joyce, elle dit ça juste pour avoir l’air intelligent. Demande-lui si elle aime Alice ou voudrait être elle.
C’est facile d’aimer une fille qui lit. Offre-lui des livres pour son anniversaire, Noël et toutes les autres fêtes. Offre-lui des mots, des poèmes et des chansons. Offre-lui Neruda, Pound, Sexton et Cummings. Montre-lui que tu as compris que les mots sont de l’amour. Il faut que tu comprennes qu’elle connait la différence entre les livres et la réalité, mais que malgré tout, elle essayera quand même de faire que sa vie ressemble un peu à son livre préféré. Ce ne sera jamais de ta faute si c’est le cas.
Il faut qu’elle essaie.
Mens-lui. Si elle comprend la syntaxe, elle comprendra que tu as besoin de mentir. Derrière les mots se cachent d’autres choses : des raisons, des valeurs, des nuances et des dialogues. Ça ne sera pas la fin du monde. Déçois-la. Parce qu’une fille qui lit sait que les déceptions précèdent toujours des sommets d’émotions. Parce qu’une fille qui lit comprend que toutes les choses ont une fin, mais qu’on peut toujours écrire une suite. Qu’on peut recommencer encore et encore, et rester le héros. Que dans la vie, il y a toujours un ou deux méchants.
Pourquoi avoir peur de tout ce que tu n’es pas ? Les filles qui lisent comprennent que les gens, comme les personnages, peuvent évoluer. Sauf dans Twilight.
Si tu trouves une fille qui lit, ne la laisse pas t’échapper. Si tu la retrouves à 2 heures du matin, serrant un livre contre elle et pleurant, prépare-lui une tasse de thé et prends-la dans tes bras. Tu la perdras sûrement pour quelques heures, mais à la fin, elle reviendra toujours. Elle parlera comme si les personnages du livre existaient vraiment, parce qu’ils existent toujours, l’espace d’un instant.
Tu la demanderas en mariage dans une montgolfière. Ou à un concert de rock. Ou l’air de rien, la prochaine fois qu’elle sera malade. Par Skype.
Tu souriras tellement que tu te demanderas pourquoi ton cœur n’a pas encore éclaté. Tu écriras l’histoire de vos vies, vous aurez des enfants avec des noms étranges, des goûts étranges aussi. Elle fera découvrir Le chat chapeauté et Aslan à vos enfants, peut-être même les deux dans la même journée. Vous passerez vos vieux jours en vous promenant bras dessus, bras dessous, et elle récitera doucement Keats pendant que tu feras tomber la neige de tes bottes.
Aime une fille qui lit, parce que tu le mérites. Tu mérites une fille qui peut, par son imagination, parer ta vie de mille couleurs. Si tu n’es capable de lui offrir que de la monotonie, des idées ternes et des demi-mesures, mieux vaut rester seul. Si tu veux le monde entier, et tous ceux qui se cachent derrière, aime une fille qui lit.
Encore mieux, aime une fille qui écrit. »
Rosemarie Urquico

A bientôt, promis…

Que les rageurs aillent se faire voir ;

A travers le transcendant miroir,

Au creux de ces ténèbres intimes

De l’un à l’autre, nos prostitutions,

Loin des limbes mythiques, ce crime

Qui naît et semble abomination.

 

Car j’ai recommencé à te voir

J’entends bien vos langues de vipères

Mais nulle n’imitera le soir

Entre tes bras, le temps s’accélère,

Et tes baisers sur ma nudité

Actent l’avent, la Nativité.

A toi, souffle nouveau sur Terre

Perfection des créations premières

Qui vivra le temps d’une mesure

A toi, ce beau souvenir, blessure

D’une belle nuit où ton cœur vrai

Fit s’harmoniser ceux qui s’aimaient.


Et elle était brûlante comme l’enfer.
 J’irai cracher sur vos tombes, Boris Vian (via french-dalol)

J’aurai l’air d’avoir mal… J’aurai un peu l’air de mourir. C’est comme ça. Ne viens pas voir ça, ce n’est pas la peine.
Le petit prince - Antoine de Saint-Exupéry (via french-dalol)


Mort tu seras, mort tu es déjà

J’avais l’habitude de lever les yeux au ciel pour en admirer les étoiles ; j’y voyais Dieu, j’y voyais les anges, mon bonheur, ton visage. J’avais l’habitude de sourire quand le vent de Barcelone m’enveloppait tendrement au beau milieu de la nuit. J’avais l’habitude de me sentir pleine de joie, pleine d’amour, pleine de toi. Mais à force de lécher les murs de ton temple ma bougie a brûlé tes effigies, ton autel où mon cœur saignait sans cesse. Les ombres serpentent sur les pierres froides des colonnes détruites, la ruine s’introduit dans ton sacre. La mort émane de ton souvenir et répand son odeur nauséabonde pour se mélanger à la profondeur de ton regard qui n’est plus que vide. Ton charmant sourire pour lequel je me serais sacrifiée déchire dorénavant les cieux et effraie les corbeaux de notre tombe. J’aurais aimé ne pas prendre l’habitude de t’enterrer mais à chaque crépuscule c’est ta chute que l’on pleure avec horreur. Pardonne-moi de ne pas t’avoir empêché de périr aux creux de nos voluptés, de ne pas avoir su prendre ta main avant que la sombre vague des ténèbres t’aspirent. Pardonne-moi de ne pas avoir su te faire m’aimer pour une vie éternelle. Mortel tu es, mortel tu étais, mort tu seras, mort tu es déjà.

S.P.-R.


(via 2radical3)